Quel plaisir de déguster une crème brûlée ! Chaque cuillère apporte un merveilleux contraste entre le caramel chaud et craquant et la crème froide, douce et soyeuse.

Mais la crème brûlée est délicate à réussir. Elle peut être trop cuite et ressembler à un flan, ou rester désespérément liquide.

La version courte


Pour obtenir une crème juste prise, onctueuse mais pas trop riche, je vous propose les 5 conseils suivants

  1. N’utilisez pas trop de jaunes d’œufs. Le ratio que je recommande est de 2 jaunes pour 200 ml de liquide ajouté.
  2. Blanchissez les jaunes et le sucre, pour bien dissoudre le sucre.
  3. Utilisez un mélange de 75% de crème et 25% de lait, pour la bonne quantité d’eau.
  4. Cuisez longtemps dans un four à température basse (95°C).
  5. Laissez refroidir plusieurs heures au frais avant de les caraméliser et de les déguster.

Et il faut absolument utiliser un chalumeau pour le caramel ! Malgré ce que recommandent certaines recettes, le grill du four ne fonctionne pas. La crème chauffe et cuit avant que le caramel ne se forme. Si vous avez une astuce, je suis preneur !

A la fin de cet article, je vous propose une recette et un mode opératoire que j’ai développés après de nombreux essais. Merci à Sylvie et Margaud, mes gouteuses fidèles et intraitables. J’espère ne pas les avoir dégoutées des crèmes brulées !

Que nous dit la science ?


La coagulation des jaunes d’oeufs

Dans un jaune cru, les protéines sont enroulées sur elles-mêmes comme des colliers de perles et flottent dans l’eau.

Sous l’effet de la chaleur, les protéines se déroulent, se déplacent, et s’attachent les unes aux autres pour former une sorte de filet à 3 dimensions qui piège l’eau et les matières grasses. C’est pour cela que le jaune d’œuf devient ferme en cuisant.

représentation schématique de la coagulation des jaunes dans la crème brûlée.
représentation schématique de la coagulation des jaunes dans la crème brûlée

Le jaune d’œuf contient plusieurs sortes de protéines, et chacune a une température de coagulation différente.

Bien que la lévitine gamma coagule à 62°C, elle n’est pas capable à elle seule de former un réseau. C’est pour cela que le jaune d’oeuf ne commence à coaguler qu’à partir de 68°C.

Au fur et à mesure que la température augmente, les autres protéines coagulent et forment un réseau supplémentaire : le jaune devient de plus en plus solide.

C’est pour cela que les jaunes peuvent être plus ou moins tendres dans un oeuf cuit, en fonction de la température et du temps de cuisson.

Les protéines du jaune d'oeuf et leurs températures de coagulation.
Les protéines du jaune d’oeuf et leurs températures de coagulation.

Les effets de la dilution

Pour préparer des crèmes brulées, on mélange les jaunes d’œuf avec de l’eau (qui vient de la crème et du lait), de la matière grasse (qui vient de la crème) et du sucre.

Un jaune d’œuf pèse 20g et contient environ 3.2g de protéines (16% de 20g), 10 ml d’eau (50%) et 7g de matières grasses (34%). Dans la recette que je vous propose, on ajoute pour chaque jaune d’oeuf :

  • 78 ml d’eau : 54 ml qui viennent des 80 ml de crème (qui contient 67% d’eau) + 24 ml qui viennent du lait (qui contient 95% d’eau). La quantité totale d’eau – et donc le volume – est 9 fois supérieure à celle dans le jaune d’oeuf cru.
  • 24g de matière grasses : apportées par la crème. La quantité totale de matière grasse est donc plus de 4 fois supérieure.
  • 10g de sucre.

Les protéines se retrouvent donc dans un très grand volume d’eau, et sont entourées de nombreuses molécules (de sucre et de matière grasse). Elles sont donc moins proches les unes des autres, et il faut plus de chaleur (d’énergie) pour qu’elles se déplacent et s’attachent les unes aux autres.

C’est ce qui explique pourquoi il faut chauffer à 82°C pour faire prendre une crème brulée, alors qu’un jaune d’oeuf coagule à partir de 68°C.

représentation schématique de la dilution des protéines du jaune dans la crème brûlée
représentation schématique de la dilution des protéines du jaune dans la crème brûlée

La crème obtenue est plus souple et délicate qu’un jaune d’œuf seul, car il y a plus d’eau et de matière grasse emprisonnées, et une plus grande distance entre les protéines.

Pour les crèmes caramel, on utilise des oeufs entiers, dont les blancs apportent des protéines qui solidifient l’ensemble. C’est pour cela qu’elles sont plus fermes et qu’on peut les démouler.

Pour les crèmes catalanes on utilise de la maïzena et on cuit dans la casserole, comme dans notre recette des crèmes au chocolat. Bien qu’elles contiennent aussi des jaunes d’oeuf, les crèmes catalanes sont plus crémeuse et moins « prises » que les crèmes brûlées.

Le bain-marie

Certaines recettes recommandent de cuire les crèmes brulées au bain-marie. En effet, l’eau bout à 100°C ce qui signifie que tant qu’il y a de l’eau dans le bain-marie, la température de l’eau reste inférieure ou égale à 100°C, et ça évite de trop cuire les œufs.

Cette habitude date du temps où les fours n’étaient pas très précis, avec des grandes variations de température.

J’avoue que je ne comprends pas pourquoi certaines recettes recommandent encore aujourd’hui de cuire les crèmes aux oeufs au bain-marie, et parfois à une température >100°C.

En effet, si on cuit dans un four très chaud (>120°C) – même au bain-marie -, la surface des crèmes va trop cuire, car elle est directement en contact avec l’air chaud du four.

représentation schématique des transferts de chaleur avec ou sans bain-marie.
représentation schématique des transferts de chaleur dans le four avec ou sans bain-marie.

Si quelqu’un a une explication, je suis preneur.

Le chauffage du liquide (crème + lait)

Le chauffage du liquide n’a aucune incidence sur la coagulation des jaunes d’œufs et la prise des crèmes brûlées. En effet, les protéines du lait ne coagulent pas sous l’effet de la chaleur (pensez à du lait chaud qui n’est pas plus épais que du lait froid.).

Si on chauffe le liquide, c’est pour faire infuser les saveurs dont on veut parfumer la crème brûlée (vanille, café, thé, tonka, etc.).

Si vous utilisez des extraits liquides (de vanille ou de café), ou que vous n’ajoutez pas de saveur, pas besoin de chauffer le liquide !

Le blanchiment des jaunes et du sucre

Certaines recettes recommandent de ne pas blanchir les jaunes et le sucre au prétexte de ne pas créer de la mousse en surface. C’est une erreur !

En effet, le fait de fouetter les jaunes et le sucre permet la dissolution totale du sucre dans l’eau des jaunes. Ainsi, le sucre sera mieux réparti dans la préparation.

De plus, le fait de fouetter les jaunes et le sucre permet aussi d’introduire des bulles d’air dans la préparation.

Lors d’un séminaire de gastronomie moléculaire (juin 2002), Hervé This et ses collègues ont jugé meilleures des crèmes préparées avec des jaunes blanchis, à travers des tests triangulaires.

Quelles implications en cuisine ?


Adaptez le temps de cuisson à la forme des récipients

Le choix des récipients influe sur le temps de cuisson.

Comme nous l’avons vu dans un précédent article sur les formules de calcul en cuisine, le temps de diffusion de la chaleur est proportionnel au carré de la distance qu’elle doit parcourir.

la profondeur du récipient influe sur le temps de cuisson.
la profondeur du récipient influe sur le temps de cuisson

Pour un récipient large et peu profond (2 cm de crème), il faudra 3 fois moins de temps à la chaleur pour diffuser que dans un récipient un peu plus profond (3.5 cm de crème). Tenez-en compte quand vous cuisez vos crèmes brulées !

Les bonnes proportions

En préparant cet article, j’ai comparé 15 recettes de grands chefs et de sites de référence. Pour faire simple, on peut classer ces recettes en fonction de 2 critères :

  • Le nombre de jaunes par litre de liquide : entre 7 à 10 pour les unes, entre 14 et 16 pour les autres (presque du simple au double !).
  • La proportion de crème et de lait : 100% de crème, 75% de crème et 25% de lait, ou moitié-moitié.

En croisant ces 2 critères, on trouve 6 catégories possibles. J’ai classé les 15 recettes analysées dans chacune de ces catégories

classement de 15 recettes en fonction du nombre de jaunes par litre de liquide, et de la proportion de crème et de lait dans ce liquide.

Si vous voulez vérifier, ci-après les références des recettes testées : (1) Journal des Femmes, (2) Ricardo cuisine, (3) C’est ma Fournée, (4) Food crumbles, (5) Thermomix, (6) Valrhona, (7) Alex, (8) Hervé This (Séminaire, Novembre 2014), (9) Saint Louis, (10) Elle à Table, (11) Serious Eats, (12) BPI : La cuisine de référence, p.1089, (13) Philippe Conticini, (14) Institut Paul Bocuse, (15) Hôtellerie Restauration.

J’ai testé une recette dans chaque catégorie.

  • pour la quantité de jaunes : les crèmes avec beaucoup de jaunes étaient trop riches, et vite écœurantes à mon goût.
  • pour la crème et le lait : le ratio que j’ai préféré était ¾ de crème + ¼ de lait. Celles ne contenant que de la crème étaient trop riches. Celles contenant 50/50 de crème et de lait manquaient de corps.

C’est sur cette base que j’ai développé la recette que je vous propose. A vous d’ajuster les proportions à votre goût !

Laissez les crèmes refroidir plusieurs heures au réfrigérateur

Ce qui est bon dans la crème brûlée, c’est le contraste entre la crème souple et froide et le caramel chaud et craquant.

Il faut donc laisser la crème refroidir plusieurs heures au réfrigérateur.

Pour le caramel : un chalumeau ou un décapeur thermique

Il faut absolument un chalumeau pour brûler vos crèmes. Ca vaut le coup d’investir si vous préparez régulièrement des crèmes brulées.

Sinon, un décapeur thermique puissant (600°C) fera l’affaire ! J’ai testé avec celui de mon ami Philippe et ça a bien fonctionné !

Beaucoup de recettes disent que l’on peut utiliser le grill d’un four pour réaliser le caramel. Et bien C’EST FAUX !

J’ai essayé différentes méthodes, y compris en congelant les crèmes avant de les saupoudrer de sucre et de les mettre le plus près possible du grill. Hélas, dans tous les cas la crème a chauffé et cuit avant que le caramel n’ait eu le temps de se former.

Et ne préparez pas le caramel longtemps avant de servir ! Comme le sucre attire l’eau, le caramel va se liquéfier et perdre son craquant si vous le préparez trop longtemps à l’avance.

Les références

Les documents suivants m’ont aidé à préparer cet article. Que leurs auteurs en soient remerciés.

  1. Genevieve Yam.Serious Eats : Crème Brûlée
  2. Hervé This. How do eggs coagulate? Handbook of Molecular Gastronomy, pp.779-783
  3. Harold McGee. On Food and Cooking, pp.84-100
  4. Les produits laitiers : Œufs au lait, crème renversée, crème brûlée… : à chacun sa crème dessert.

La recette


image crème brûlée

Crème brulée

La recette et le mode opératoire que je vous propose sont le résultat de l’analyse de nombreuses recettes, et de plusieurs tests que j’ai réalisés. Les proportions sont pour 4 ramequins de 9 cm de diamètre. Voir la note en bas de la recette pour adapter les quantités à la taille de vos ramequins.
5 from 3 votes
Temps de préparation 20 minutes
Temps de cuisson 1 heure
temps de repos 3 heures
Temps total 4 heures 20 minutes
Type de plat Dessert
Cuisine Française
Portions 4 personnes

Equipements

  • 4 ramequins de 9 cm de diamètre Voir la note à la fin de la recette pour adapter les quantités à la taille de vos ramequins.
  • 1 fouet manuel
  • 1 grand saladier ou cul de poule pour le mélange
  • 1 chalumeau de cuisine ou un décapeur thermique

Ingrédients
  

  • 2 jaunes d'oeufs
  • 160 ml de crème liquide entière
  • 50 ml de lait entier ou 1/2 écrémé
  • 20 g de sucre en poudre
  • 4 c. à café de sucre en poudre ou cassonade pour le caramel
  • 1 gousse de vanille, quelques grains de café ou des feuilles de thé pour parfumer optionnel

Instructions
 

Si vous voulez parfumer vos crèmes

  • avec de la vanille : ouvrez la gousse de vanille en 2, raclez les graines avec le dos d'un couteau et mettez les graines et les gousses dans le mélange crème + lait
  • avec des grains de café : concassez les grains de café et mettez-les dans le mélange crème + lait
  • Portez à ébullition. Coupez le feu et laissez infuser une 20aine de minutes.

Préparation des crèmes

  • Préchauffez votre four à 95°C en chaleur tournante avec une grille au milieu.
  • Fouettez énergiquement les jaunes et le sucre. Le mélange doit blanchir et être homogène.
  • Mélangez la crème et le lait, et versez sur le mélange jaunes + sucre. Mélangez bien. Si vous avez fait infuser le liquide, filtrez-le dans une passoire en le versant sur le mélange jaunes + sucre.
  • Versez la préparation dans les 4 ramequins et mettez les au four.

Si vous utilisez des ramequins larges et peu profonds

  • Faites cuire pendant 20 minutes.
  • Vérifiez la cuisson avec un thermomètre (82°C à cœur), ou en secouant légèrement les ramequins. La crème doit être prise mais encore légèrement tremblotante au milieu. Au besoin, prolongez la cuisson quelques minutes.

Si vous utilisez des ramequins étroits et profonds

  • Faites cuire pendant 1h.
  • Vérifiez la cuisson avec un thermomètre (82°C à cœur), ou en secouant légèrement les ramequins. La crème doit être prise mais encore légèrement tremblotante au milieu. Au besoin, prolongez la cuisson quelques minutes.

Laissez les crèmes refroidir puis mettez les au réfrigérateur pendant quelques heures

    Réalisation du caramel avant se servir

    • saupoudrez une c. à café de sucre en poudre ou de cassonade sur chaque crème
    • chauffez la surface avec un chalumeau ou un décapeur thermique en le faisant tourner pour éviter de bruler le sucre. Attention : les ramequins chauffent un peu.
    • laissez refroidir quelques instants et servez.

    Notes

    Vous pouvez préparer les crèmes brûlées à l’avance et les conserver au réfrigérateur.
    Brûlez-les juste avant de servir pour que le caramel soit chaud et reste craquant.
    Pour ajuster la recette à la taille de vos ramequins :
    • dans la recette, le volume de l’appareil est de 240 ml, soit 60 ml par ramequin. Avec des ramequins de 9 cm de diamètre, la hauteur de crème sera de 9,5 mm.
    • si vous avez des ramequins plus grands, ajustez les proportions de chaque ingrédient en utilisant la formule suivante : coefficient multiplicateur = (nouveau diamètre / 9) au carré.
    • par exemple, pour des ramequins de 12 cm de diamètre, le coefficient multiplicateur sera de ~2 (12/9 au carré = 1.8). Il faut donc doubler les quantités.
    Imprimer la recette